Résistance à l'amitraz chez le varroa : comment la détecter et quoi faire
- Qu'est-ce que la résistance à l'amitraz ?
- Un phénomène naturel de sélection
- Les pratiques qui accélèrent la résistance
- Comment détecter une résistance à l'amitraz dans son rucher
- Le signal d'alarme : un comptage post-traitement encore élevé
- Le test de sensibilité : la confirmation par un professionnel
- Que faire si une résistance est confirmée ou suspectée ?
- Ne pas abandonner Apivar pour autant
- La rotation des principes actifs : la réponse structurelle
- Renforcer les pratiques d'application
- Résistance à l'amitraz : l'état de la situation en France
- FAQ : questions sur la résistance à l'amitraz
- Mon traitement Apivar est moins efficace cette année — est-ce forcément une résistance ?
- Peut-on utiliser Apivar si une résistance partielle est suspectée ?
- La résistance peut-elle se transmettre d'un rucher à l'autre ?
L'amitraz est le principe actif le plus efficace disponible contre Varroa destructor dont vous pouvez découvrir le cycle de vie et les dégâts dans notre guide complet. Pourtant, depuis quelques années, des apiculteurs constatent que leur traitement Apivar semble moins performant qu'avant. Mauvaise application ? Mauvais timing ? Ou véritable résistance des varroas à l'amitraz ?
La résistance à l'amitraz existe elle a été documentée scientifiquement dans plusieurs pays. Mais elle est encore rare en France et souvent confondue avec un échec de traitement lié à une erreur de pratique. Ce guide vous aide à faire la différence, à détecter un problème réel et à adapter votre stratégie.
Qu'est-ce que la résistance à l'amitraz ?
Un phénomène naturel de sélection
La résistance n'est pas un phénomène artificiel ou un défaut du produit : c'est un mécanisme évolutif naturel. Dans toute population de varroas, quelques individus présentent des variations génétiques qui les rendent légèrement moins sensibles à l'amitraz. Si on utilise le même acaricide année après année, ces individus survivent, se reproduisent et transmettent leur résistance à leur descendance. Génération après génération, la proportion de varroas résistants augmente jusqu'à rendre le traitement inefficace.
Ce phénomène a été observé avec le fluvalinate (Apistan) dans les années 1990-2000, ce qui a conduit à son remplacement progressif par l'amitraz. Des cas de résistance à l'amitraz ont depuis été signalés dans les Balkans, en Espagne, aux États-Unis et dans quelques départements français. La vigilance s'impose.
Les pratiques qui accélèrent la résistance
Certains comportements favorisent l'apparition et la propagation de résistances bien plus vite que la simple répétition du traitement :
- Sous-doser : utiliser une seule lanière au lieu de deux, ou retirer les lanières trop tôt. Les varroas les plus sensibles meurent, les plus résistants survivent et se reproduisent.
- Réutiliser des lanières usagées : une lanière déjà utilisée libère une quantité insuffisante d'amitraz c'est du sous-dosage caractérisé.
- Traiter toujours au même moment avec le même produit, sans rotation de principes actifs.
- Ne pas traiter tout le rucher simultanément : les colonies non traitées constituent des réservoirs de varroas non exposés qui colonisent ensuite les ruches traitées.
Comment détecter une résistance à l'amitraz dans son rucher
Le signal d'alarme : un comptage post-traitement encore élevé
La méthode de détection la plus accessible est le comptage varroa réalisé une à deux semaines après le retrait des lanières Apivar. En conditions normales, après un traitement correctement appliqué, la chute naturelle de varroas doit être quasi nulle inférieure à 1 varroa par jour en automne. Si le comptage reste significativement élevé malgré un traitement de 10 semaines correctement appliqué, il faut s'interroger.
Avant de conclure à une résistance, vérifiez méthodiquement les causes les plus fréquentes d'échec de traitement :
- Les lanières étaient-elles bien placées dans la zone de couvain, avec les deux faces accessibles aux abeilles ?
- L'écart minimum de 2 cadres entre les deux lanières était-il respecté ?
- Le traitement a-t-il duré 10 semaines complètes en présence de couvain ?
- Les lanières n'étaient-elles pas entièrement recouvertes de propolis sans avoir été grattées ?
- Toutes les ruches du rucher ont-elles bien été traitées simultanément ?
- Une source de ré infestation extérieure est-elle possible (ruche sauvage voisine, échanges avec un autre rucher non traité) ?
Si toutes ces conditions étaient réunies et que le traitement reste inefficace, la piste de la résistance devient sérieuse.
Le test de sensibilité : la confirmation par un professionnel
La confirmation d'une résistance à l'amitraz repose sur un test de sensibilité réalisé en laboratoire — le test de Beltsville, ou des méthodes équivalentes validées. Ce test consiste à exposer des varroas prélevés sur vos abeilles à différentes concentrations d'amitraz et à mesurer leur taux de mortalité. Il est réalisé par les laboratoires vétérinaires départementaux ou les organismes sanitaires apicoles (OSAD) sur demande. N'hésitez pas à contacter l'OSAD de votre département si vous suspectez une résistance.
Que faire si une résistance est confirmée ou suspectée ?
Ne pas abandonner Apivar pour autant
Une résistance suspectée ne signifie pas qu'il faut abandonner définitivement l'amitraz. Dans la plupart des cas en France, il s'agit d'une résistance partielle ou locale, qui peut être gérée avec une stratégie adaptée. Avant toute décision, faites confirmer la résistance par un test de sensibilité et consultez votre vétérinaire ou technicien sanitaire apicole.
La rotation des principes actifs : la réponse structurelle
La rotation est la stratégie de référence pour prévenir et gérer la résistance. Elle consiste à alterner les principes actifs d'une année sur l'autre, de façon à ne jamais laisser une pression de sélection continue sur la même famille chimique :
- Année 1 — Automne : Apivar (amitraz) + acide oxalique en hiver
- Année 2 — Automne : thymol (Apiguard ou Thymovar) si conditions thermiques favorables, ou acide formique (VarroMed) + acide oxalique en hiver
- Année 3 : retour à Apivar
Cette alternance biennale ou triennale empêche la sélection de souches résistantes à un principe actif donné. Elle est recommandée par l'Agence nationale du médicament vétérinaire (ANMV) et par la plupart des techniciens sanitaires apicoles, même en l'absence de résistance confirmée — c'est une mesure préventive autant que curative.
Renforcer les pratiques d'application
Parallèlement à la rotation, un respect scrupuleux du protocole d'application d'Apivar est indispensable pour maintenir son efficacité à long terme : 2 lanières par ruche, 10 semaines en présence de couvain, toutes les ruches traitées simultanément, lanières à usage unique jamais réutilisées.
Résistance à l'amitraz : l'état de la situation en France
À ce jour, les cas de résistance confirmée à l'amitraz en France restent isolés et localisés. La grande majorité des apiculteurs qui signalent une efficacité insuffisante d'Apivar sont en réalité confrontés à une erreur de pratique ou à une réinfestation extérieure — pas à une vraie résistance. Apivar demeure le traitement le plus efficace disponible sur le marché français pour le traitement d'automne du varroa, et son efficacité reste entière dans les ruchers où il est correctement utilisé.
La vigilance reste néanmoins de mise : signaler tout cas suspect à votre OSAD contribue à la surveillance nationale et permet d'alerter les apiculteurs locaux si une résistance se propage dans une zone géographique.
FAQ : questions sur la résistance à l'amitraz
Mon traitement Apivar est moins efficace cette année — est-ce forcément une résistance ?
Non, c'est même rarement le cas. Les causes les plus fréquentes d'efficacité réduite sont : un timing trop tardif (abeilles d'hiver déjà nées), des lanières mal placées, une durée de traitement insuffisante, une réinfestation depuis des colonies voisines non traitées, ou des lanières recouvertes de propolis non grattées. Vérifiez ces points avant d'envisager une résistance.
Peut-on utiliser Apivar si une résistance partielle est suspectée ?
En cas de suspicion, l'usage d'Apivar doit idéalement être basé sur les résultats d'un test de sensibilité. Si le test confirme une résistance partielle, votre vétérinaire ou technicien sanitaire apicole vous guidera vers le protocole adapté — souvent une rotation immédiate vers un autre principe actif pour cette saison, avec retour possible à l'amitraz les années suivantes.
La résistance peut-elle se transmettre d'un rucher à l'autre ?
Oui. Les varroas résistants se propagent par les mêmes voies que les varroas classiques : dérive des abeilles, pillage entre colonies, introduction d'essaims ou de reines non contrôlés. Un rucher voisin non traité ou mal traité peut contaminer le vôtre avec des souches résistantes. C'est une raison supplémentaire de traiter l'ensemble du rucher simultanément et de communiquer avec les apiculteurs de votre secteur sur les pratiques sanitaires.
Article rédigé à titre informatif. En cas de suspicion de résistance à l'amitraz, contactez votre organisme sanitaire apicole départemental (OSAD) ou votre vétérinaire. Apivar est un médicament vétérinaire — consultez la notice avant utilisation.
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